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samedi 18 septembre 2010

Petite annonce de temps de crise 4

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A Saint-Valéry-sur-Somme, le rigolo s’est transformé en gigolo : Hélène me manquait déjà trop. Du coup, le miracle s’est accompli. Elle a retrouvé son jeu de jambes et son âme de vingt ans ! Midinette à huit heures du mat’ !
- Tu sais comment on appelle ça chez moi, Lucien, tirer une vieille ? » m’a-t-elle demandé, l’air espiègle ?
- Non, mais tu vas me dire !
- Faire un lifting !

Après avoir replié la tente, un jeu auquel elle n’avait non plus jamais joué, on est allés écouter le chant des oiseaux à la chapelle des marins. Plus loin j’ai secoué son fauteuil sur les cailloux du Cap Hornu et on a repris la route du Sud en sifflant « Rose de picardie », un succès d’Yves Montand qui lui rappelait le sien, de bon vieux temps.

Dans la cabine qui porte son nom à Cayeux-sur-Mer, louée sur Internet par Hélène, elle m’a fait ce cadeau inattendu : un certificat tamponné de partout et contresigné par des tas de notaires et d’hommes d’argent qui fait de moi son légataire universel.
- Je l’ai laissé en blanc, tu n’auras qu’à mettre ton nom. !
Finalement, je comprends les petits délinquants ! Parfois ça vaut vraiment la peine de mettre la main au banier des mamies !

Tout le monde croit que c’est ma mère mais au bout de la rangée de cabines mon portable a sonné. C’était Hélène.
- Chéri, m’a-t-elle dit d’un air affolé. Le chèque d’un million d’euros, il est en bois !
- Hein ? Tu plaisantes, j’espère !
- La résidence « L’Arc-en-ciel », c’est une maison de retraite pour comédiens !

Le monde s’est écroulé sur moi. C’était à vous dégoûter de monter une petite entreprise en période de crise !
- Liliane, la promenade est terminée. Lève-toi et marche !
- Enfin, Lucien, je ne peux pas !

Ellea fait « Chplom ! » sur les galets quand j’ai renversé le fauteuil. Vide, il roulait bien plus vite et c’est en courant et en faisant fuir tout le monde sur l’avenue des chalets d’Arlequin que j’ai regagné le minibus.

Je pouvais encore espérer deux choses. Revendre le document à un gogo, qu’il soit journaliste, collectionneur, mercanti ou naïf. Pour la deuxième, d’urgence, il me fallait passer une deuxième petite annonce :
« A vendre, fauteuil roulant, peu servi. »

N.B. Ce texte a été écrit à l'atelier d'écriture de Villejean le 14 septembre 2010. Il contient un nombre certain de noms de cabines de bains de Cayeux-sur-mer. Merci à Joye à qui je suis redevable du calembour qui précède "nulle en récré". Les photos ont été prises à Clairmarais, Cassel et Boulogne en août 2010 et la photo du fauteuil roulant le samedi 18 septembre à la braderie Saint-Lartin à Rennes